Complexité = conscience ?

Pourquoi la théorie la plus ancrée dans la vision du monde par les occidentaux est-elle le physicalisme (1) ? Cette vision défendue avec acharnement dans la vulgarisation grand public n’est pourtant pas représentative de l’état de la recherche et de la réflexion.

J’ai déjà montré par un certain nombre d’exemples que cette théorie est réfutée théoriquement et expérimentalement. Elle est au mieux une hypothèse à étudier. Mais la considérer comme le fondement de la réflexion est une erreur. Je dirais même que c’est une faute grave, car c’est une violation de la méthode scientifique rationnelle et qu’elle est est certainement connue par ceux qui la propagent, ou devrait l’être.

Une affirmation extraordinaire nécessite des preuves extraordinaires.

Dire qu’un morceau de viande ou un ensemble de composants électroniques, lorsque sa complexité dépasse un certain seuil, produirait des entités d’un type nouveau non physiques (les sensations, ainsi que la conscience qui expérimente ces sensations, la volonté etc.) est une affirmation véritablement extraordinaire. C’est une hypothèse incroyable, réfutée, qui ne permet de produire aucun modèle testable, et pourtant elle sert souvent de fondement et même assez souvent d’argument en soi.

Voici un exemple. Rich Terrile, directeur du Center for Evolutionary Computation and Automated Design du laboratoire Jet propulsion de la Nasa :

«Tôt ou tard, nous arriverons à un stade d’avancée technique dans lequel simuler quelques milliards de personnes —et faire en sorte qu’elles croient qu’elles sont des êtres humains conscients et autonomes capables de contrôler leurs destinées— sera aussi facile que d’envoyer à un inconnu une photo de vos parties intimes par téléphone.»

C’est un type de la NASA il a fallu qu’il parle de parties intimes envoyées à un inconnu. On voit qui est son public ou ses hobbies.

Il déclare que par magie la technologie ou son fonctionnement deviendra conscience.

Relisez bien cette phrase.

C’est extraordinaire comme prophétie du futur basée sur une croyance réfutée qui contredit les théories qu’elle suppose vraies.

En attendant, il existe déjà sur Terre des bases de données contenant largement plus d’informations que les souvenirs d’un humain, des calculateurs en réseau capables de traiter ces informations en quantité phénoménale, et des programmes mal nommés « IA » qui peuvent jouer avec. On peut même considérer que tous les ordinateurs connectés à internet allumés en ce moment forme un gigantesque cerveau planétaire. Mais dire qu’il y a des sensations et une conscience apparues par miracle dans ces composants est aussi crédible que de parler d’un fantôme invisible dont on ne connait rien qui doit apparaître dans le futur.

Le pire c’est que ceux qui tiennent ce genre de propos pseudo scientifiques matérialistes se moquent de ceux qui croient aux fantômes.

Et il persiste :

«A moins de croire qu’il y a quelque chose de magique dans la conscience —et je ne le pense pas, je crois que c’est le produit d’une forme très sophistiquée d’architecture à l’intérieur du cerveau humain— alors vous devez conclure que dans une certaine mesure cette conscience peut être simulée par ordinateur, ou en d’autres mots, peut être répliquée.»

Mais mec, c’est toi qui crois à la magie et ne connais même pas ta propre science !

Il faudrait commencer par expliquer comment la matière produit l’esprit si l’esprit est nécessaire à la manifestation de la matière. Pour exister, avoir une forme, le cerveau doit avoir un observateur du cerveau.

« Je considère la matière comme dérivant de la conscience. Nous ne pouvons aller au-delà de la conscience. Tout ce que nous voyons comme existant suppose la conscience. » (Max Planck, prix Nobel de physique en 1918.)

« L’étude du monde objectif nous mène à la conclusion que le contenu de la conscience est l’ultime réalité. » (Eugène Wigner, prix Nobel de physique en 1963.)

« L’information doit être considérée comme un produit spirituel ». (Emile Charon, physicien)

C’est aussi une question philosophique à propos des qualias (2) :

« Nos connaissances sur le cerveau sont encore largement incomplètes, mais quelque quantité d’informations nouvelles que nous découvrions sur la structure physique des neurones, les transformations chimiques qui se produisent lorsqu’ils sont activés, il semble que nous ne pourrons jamais expliquer pourquoi ces processus et changements physico-chimiques produisent telles ou telles sensations subjectives ou pourquoi elles produisent des sensations subjectives plutôt que rien. C’est ce que l’on appelle le fossé explicatif. »

Bien souvent, l’argument avancé par les défenseurs du physicalisme est : « on voit que certaines zones s’activent dans le cerveau lorsqu’on pense, donc c’est le cerveau qui produit la pensée ». Mais si je dis que c’est l’esprit qui est fondamental, c’est lui qui active les bonnes zones du cerveau pour reproduire l’état de perception correspondant.

On peut produire un mouvement de bras en stimulant des neurones avec des électrodes. Mais on n’a jamais reproduit « la volonté ou la décision de bouger le bras ».

Je vous prédis qu’on ne le fera jamais. Sinon on l’aurait déjà fait et cela ne contredirait pas la science actuelle. Où sont les preuves de ceux qui promettent qu’on le fera ?

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(1) Petit rappel de la définition (Wikipédia) : « Le physicalisme ontologique ou métaphysique désigne l’ensemble des doctrines ontologiques qui soutiennent que toutes les entités qui existent dans le monde sont ultimement des entités physiques qui peuvent ou pourraient, en principe, être décrites par les sciences physiques, et dont les interactions causales sont complètement gouvernées par des lois physiques.

Cette forme de physicalisme correspond à la forme contemporaine du matérialisme et a été développée la première fois comme système philosophique par W. V. O. Quine à partir des années 1950. Elle s’oppose explicitement au dualisme de type cartésien (où l’âme est immatérielle). »

(2) « Dans la perception, nous sommes directement conscients d’un objet mental interne (sense-datum). Cet objet possède un certain nombre de traits ou propriétés intrinsèques, non-intentionnelles, accessibles à la conscience, qui sont responsables de leur caractère phénoménal (qui déterminent l’effet que cela fait d’avoir telle ou telle expérience perceptive).

Ces propriétés des sense-data = qualia. »

Les paragraphes entre guillemets de ce texte où la source n’est pas précisée proviennent de Élisabeth PACHERIE, Directrice de Recherche au CNRS, Institut Jean-Nicod.

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